Vendredi 4 Décembre 2020
« Reste-t-il encore quelque chose à découvrir en voyageant ? » On vit dans un monde de reproductions. Entourés, submergés, étouffés par les images d’art reproduites depuis la naissance de la photographie, on existe dans une époque de reproduction digitale d’art sans âme. La visite aux musées et l’appréciation vis-à-vis de l’art est la seule espérance de récupérer l’âme perdue de l’art. Donc, la redécouverte exige le voyage.
Tout d’abord, on peut organiser les qualités d’une œuvre d’art en deux catégories ; celle l’‘académique’ qui est construite par l’érudition du sujet, matériel, créateur et le contexte culturel, historique, philosophique, religieux et social ; et l’‘émotionnel’ qui demande qu’on s’engage avec l’œuvre de manière personnelle et brute.
Avec la globalisation du monde, l’information académique est disponible à chaque moment et à chaque lieu. Malgré que la démocratisation des informations soit meilleure que ce que l’on pourrait concevoir, il existe encore quelque chose au-delà de l’appréciation académique d’art. Ceci est irréductible à la reproduction photographique d’une œuvre, c’est un véritable type de magie et afin de l’accueillir, la vision en réalité est nécessaire.
Les limitations de reproduction
En premier lieu, on peut invoquer la proposition de Walter Benjamin, dans sa dissertation renommée ‘The Work of Art in the Age of Mechanical Reproduction’, que les œuvres d’art authentiques ont une véritable, indéfinissable ‘aura’ qu’ils rendent extraordinaires. Pareil à la façon dont les reproductions mécaniques des années 1930 quand Benjamin écrivait, les reproductions digitales de nos jours, malheureusement, ne peuvent pas communiquer l’âme et l’‘aura’ de l’œuvre originale. Pourquoi cela a-t-il de la signification ? Je propose que l’âme d’une œuvre soit ce qui offre la catharsis, et l’élément cathartique est ce qui est vraiment étonnant dans l’art. Donc, avec la globalisation d’art en ligne, le véritable cœur de celui-ci reste au musée, dans la peinture, ou la sculpture, originale. Alors, sans doute, il reste quelque chose à découvrir en voyageant aux différents musées et endroits d’exposition, afin qu’on vienne proche de l’âme.
Vis-à-vis
Ensuite, pour des raisons d’unité et de simplicité, là-bas, j’explorerai des exemples de l’art français et figuratif du 19ème et 20ème siècles, qui sont également exposés dans les musées d’art parisiens. Ironiquement, j’ai besoin d’utiliser des images d’art. Néanmoins, en combinaison avec les mots, j’espère qu’elles soulignent adéquatement la nécessité de voyager pour voir l’art.
De vis-à-vis on respire avec l’œuvre, tous les deux ensembles. Engagés dans l’histoire, le drame et l’esprit d’artiste. Grâce au processus, on apprend tellement de son propre esprit. Après avoir vu une œuvre d’art époustouflante, de vis-à-vis, mon âme est nourrie, requinquée. Si on est suffisamment téméraire pour voir réellement, les moindres détails s’expriment par hasard et comme par magie, c’est un délassement délicieux qui n’a pas de fin.
Une peinture particulièrement audacieuse est Dante et Virgil, 1850, par William-Adolphe Bouguereau qui pend au Musée d’Orsay dans la collection du mouvement académisme.

Ce que l’on perd de la copie digitale est l’échelle de la toile et les corps presque de grandeur naturelle. Farouchement, les hommes luttant nous transportent en enfer.
Le mouvement contenu de la peinture à l’huile, qui est perdu par la reproduction digitale, et sa lueur exquise donnent l’impression de chair vivante et exsudent l’atmosphère démoniaque et incontournable. En réalité, la chair de la cuisse, le genou, le mollet sont même plus éclatants- on ne peut pas en retirer les yeux.
La peinture nous aiguillonne à nous y abandonner.
Ensuite, je vous donne un exemple plus difficile à capturer dans une image ; la sculpture. Le cliché d’un appareil photo est discernant et c’est le choix de la photographe de décider ce qu’on voit et éprouve. Je vais modeler votre expérience avec ma propre image de Le Baiser, 1901-04, par Rodin, exposé dans le Musée Rodin dans le 7e.

Pareil à la peinture par Bouguereau, Le Baiser suscite la forme humaine et la chair palpable. Pourtant, dans ce cas, les formes sont suspendues en marbre. On peut constater que la sculpture est plus malléable aux circonstances dans lesquelles elle est exprimée que la peinture. La direction de la source de la lumière, l’intensité de la lumière et les alentours dramatiquement changent l’apparence d’une sculpture. Dans la photo au-dessus, la lumière grappille les ondulations du dos de la femme et la pénombre s’accumule sous la main de son amant. Pourtant, ces détails affectueux sont brefs et sélectionnés par moi. Pour découvrir la sculpture des amants vous-même, vous devez y aller en personne.
En dessous, une deuxième image de Le Baiser. Le contact tendre entre les pieds des amants m’a touché considérablement. En recadrant la photo de cette manière, j’exige du spectateur qu’il regarde ce contact.

La reproduction digitale, peut-elle être une aubaine ?
Bien que cet article ait essayé de dénigrer les reproductions visuelles de l’art, nous devons considérer les mérites du film et de la photographie. Par exemple, en France, le film est souvent appelé le 7ème art et celui-ci est correctement fait. Le film est la représentation picturale accélérée alors qu’elle puisse aller aussi vite que la parole. C’est révolutionnaire.
D’autre part, les images en application à l’art préexistant peuvent nous dire plus. Avec un objectif doué, un photographe pourrait réinventer une sculpture. Par exemple, l’espace négatif a la capacité de devenir corporel. Cela suggère que la photographie doit s’aventurer et créer sa propre catharsis. Et on peut devenir un flâneur pour s’y découvrir.